Contribution « Laïcité et République »

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Contribution rédigée par Philippe Szynkowski, adoptée en assemblée générale de la section de Sceaux (92) le 9 octobre 2014 à l’unanimité moins une abstention.

 

 

De part l’histoire de la société française, les 2 termes de laïcité et République sont souvent associés. Pour en arriver là, sur plusieurs siècles, l’État, qu’il soit royal, impérial puis finalement républicain, s’est progressivement dégagé de l’influence de la religion, principalement du catholicisme, que le politique est parvenu à écarter de la gestion publique après un combat sur plusieurs siècles. Rappelons le fameux « l’État c’est moi » de Louis XIV, affirmation non pas narcissique mais par laquelle le souverain affirmait la séparation entre sphère publique où s’exerce la prééminence du politique et sphère privée, idée qui sera reprise par le général de Gaulle plus de 300 ans après.

Rappelons encore que la Révolution française de 1789 a consacré la liberté de pensée, y compris les croyances « même religieuses », alors que l’Église catholique s’est progressivement mobilisée contre le nouveau cours.

Cette manière de voir permet à chacun de croire et faire ce que bon lui semble, dans la limite des lois qui régulent la vie sociale et déterminent les limites de l’action privée, le principe par défaut étant la liberté. La liberté individuelle est donc à la base de la laïcité. Les soubresauts post-révolutionnaires, avec des régimes différents (royauté, 1er et second empire) n’ont pas empêché l’Église catholique, jusqu’en 1940, d’influencer les affaires publiques, car la loi de 1905 sur la laïcité puis celle de 1920 n’ont pas été favorables à ses intérêts, sauf l’Alsace-Moselle, où les ministres du culte sont fonctionnarisés avec enseignement religieux obligatoire. Peu importe au fond que dans certains textes fondateurs de la laïcité comme en 1789 on parle de droits « sacrés » ou d’un être suprême.

Laïcité et république sont liés à notre histoire, avec l’émergence sur le long terme d’un démocratie politique, fondée sur les valeurs révolutionnaires. C’est un lien fondamental entre français, de l’ordre de l’adhésion et fondé sur la raison, qui influe sur nos valeurs et autres réflexes collectifs, sans appartenance ni fusion, une « manière d’être ensemble sans être semblable », comme l’indique le Pr Coiffet de l’université Bordeaux 2 ; d’où la solidarite entre
citoyens porteurs de valeurs communes : langue, coutumes…

Avec le temps et la prédominance de l’État et autres entités publiques, des problèmes sont apparus, liés aussi à la fois à la mondialisation avec l’arrivée en France de populations ayant d’autres traditions et manières d’être : religion parfois, modes de vie… De plus l’État laïc a pris une telle importance dans les sphères publiques, privée, sociale, familiale (sécurité sociale, allocations familiales, retraites…), que la tendance a été l’érosion du collectif, le détachement vis-à-vis des corps intermédiaires s’est manifesté.

Le capitalisme a continué ses ravages avec l’imprégnation du libéralisme, les privatisations, l’égoïsme compétitif de masse, les technologies de communication qui, par certains côtés, favorisent et exacerbent l’émiettement social (ma communauté d’appartenance, mes centres d’intérêt …). Dans son désarroi, l’individu n’hésitera pas à s’en remettre à des groupes d’appartenance : ma tribu, ma langue, ma secte, ma religion « exotique » : il y a résurgence des communautés qui ne voient que par le bout de leur lorgnette.

Cela n’a rien à voir avec la laïcité démocratique. A surgi la question du port du voile islamique dans l’espace public, interdit de par la loi, avec les hésitations du Conseil d’État ; l’affaire plus récente de la crèche Babyloup, où la Cour de cassation a posé qu’une musulmane qui travaillait en portant le niqab pouvait être licenciée car elle ne pouvait pas ainsi mettre en valeur ses convictions religieuses tout en exerçant une mission d’intérêt général au bénéfice des enfants, fût-ce dans une structure de droit privé.

Il est donc urgent de sauvegarder l’espace public de toute tentative de pratiques qui seraient contraires à l’idée de laïcité, ce qui pourrait mettre en péril des siècles de lutte pour l’advenue d’une société démocratique et plurielle en occident, incompatible avec l’existence de groupe fermés qui iraient à l’encontre des lois d’ordre public de notre « mythe fondateur ». En ce sens, tout ce qui est collectif doit être valorisé : pas moins d’État, pas moins d’impôts, le contrat ne peut remplacer la loi générale et impersonnelle applicable à tous, promotion généralisée de la langue française.

L’État ne peut suffire à protéger, il n’est pas un compromis entre les religions, il est le garant de la liberté de croire ou de ne pas croire. D’où le rôle essentiel de l’enseignement, qu’il soit public ou privé, pour intégrer les générations toutes origines confondues dans le moule républicain, cela n’est pas contournable. François Hollande, dans son engagement no 46,
a proposé de constitutionnaliser les principes fondamentaux de la loi de 1905 sur la laïcité selon lesquels « la République assure la liberté de conscience, garantit le libre exercice des cultes et respecte la séparation des Églises et de l’État. »

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