Projet de loi El Khomri : assumons le réformisme de gauche !

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Des manifestations génératrices d’une violence rarement atteinte depuis des décennies, des raffineries bloquées, des installations portuaires à l’arrêt, des permanences de députés socialistes attaquées et mises à sac ; qui peut croire que cette exacerbation des tensions aurait pour seule origine le projet de loi El Khomri et la défense de la désormais célèbre « hiérarchie des normes » et du maintenant célèbre « principe de faveur » ?

Ce projet de loi, mal né, vient de trouver son point d’équilibre. À de nouveaux droits pour les salariés, comme le compte personnel d’activité, correspond le développement de l’accord d’entreprise qui donne une souplesse plus grande aux acteurs de terrain en termes d’organisation et d’aménagement du temps de travail, sans que l’ordre public social en soit affecté.

Depuis 1982 et les lois Auroux, la décentralisation de la négociation collective à destination de l’entreprise s’est généralisée en France comme dans tous les pays d’Europe. Ce projet de loi s’inscrit donc dans cette évolution.

Quel est donc le véritable enjeu de cette mobilisation contre le projet de loi El Khomri ? S’agit-il, de la part du pouvoir d’un pari sous forme de va-tout ? Assistons-nous chez certains syndicats, à ce qui ne serait qu’un réflexe de survie sur fond de colère sociale ?

Si le projet de loi El Khomri suscite autant de passions, c’est qu’il est le révélateur d’une déchirure bien plus profonde que ne le laissent paraître les critiques qui lui sont adressées.

Ne nous attardons pas sur les considérations tactiques qui poussent la CGT, après une violente crise interne et une série de défaites aux élections professionnelles, à vouloir refonder son unité par la « castagne ». Quitte à mettre la France à l’arrêt, elle démontre ainsi qu’il faut toujours compter avec elle. Avec de telles actions la parenthèse Bernard Thibault et sa timide marche vers le réformisme vient de se refermer pour la direction de cette confédération.

Pour la gauche politique et syndicale ce projet de loi est l’occasion d’une clarification en profondeur tant pour celles et ceux qui s’arc-boutent sur le compromis social de l’après-guerre, passé dans un cadre national, que pour des forces désireuse de revisiter ce compromis en l’intégrant dans une économie mondialisée.

Plus que jamais ces deux gauches politiques et syndicales sont dans une logique d’affrontement. La nouveauté réside en cette volonté d’assumer politiquement et syndicalement les conséquences de cet état de fait.

Dans le monde syndical, cette ligne de fracture oppose d’un côté la CGT et F0 et de l’autre les organisations réformistes : la CFDT, la CFTC, la CFE-CGC et l’UNSA. Pour le mouvement syndical qui a longtemps vécu dans le mythe de la réunification, ce constat est douloureux, comme il doit être douloureux pour le parti socialiste qui est déchiré en son sein par les mêmes contradictions.

Des contradictions d’autant plus exacerbées que François Hollande a placé le dialogue social et la démocratie sociale au cœur de son action, convaincu de la nécessité pour notre pays de sortir d’une vision étatiste du dialogue social pour donner plus de place aux débats entre partenaires sociaux, y compris au sein de l’entreprise. Cette démocratie sociale à la française où employeurs et salariés parviendraient à s’entendre et à fixer leurs propres règles, sans s’en remettre systématiquement à L’État, ne va pas de soi en France. C’est à cet accouchement difficile que nous sommes en train d’assister.

De nombreux responsables politiques considèrent encore la négociation collective comme chronophage et inutile. Certains voient les partenaires sociaux comme des concurrents et des adversaires auxquels ils dénient toute légitimité à produire des normes au niveau social.

Pour beaucoup de patrons français, la culture de la négociation est encore une idée neuve et ce ne sont pas les provocations répétées du numéro un du MEDEF, Pierre Gattaz, qui prouveront le contraire !

Idem chez certains syndicats de salariés où le compromis est toujours vécu comme une trahison. L’esprit de contestation et de protestation systématiques qui structurent encore l’identité de ces organisations les rendent allergiques à toute négociation réelle, surtout en période de crise.

Dans un contexte de forte droitisation de la société française et du projet ultralibéral qui l’accompagne, la gauche réformiste doit affronter un incontournable défi : trouver le courage nécessaire au rétablissement de la confiance plutôt que de s’enferrer dans la confrontation, comprendre les mutations du monde du travail, reconnaître les contraintes des chefs d’entreprise et favoriser le compromis par la reconnaissance du fait syndical.

Historiquement, les syndicats se sont toujours battus pour pouvoir négocier dans les entreprises alors que les patrons y étaient hostiles. Les grèves de 1936 imposent les délégués du personnel, en 1945 le programme du Conseil National de la Résistance crée les Comités d’entreprise, les événements de 1968 donnent naissance à la section syndicale d’entreprise, la gauche avec les lois Auroux en 1982 rend obligatoire la négociation d’entreprise.

Nous en sommes convaincus, c’est dans l’entreprise et par l’entreprise que le syndicalisme français pourra se renforcer comme le démontrent tous les exemples étrangers.

Le projet de loi El Khomri s’inscrit dans cette filiation historique qui donne aux acteurs sociaux et notamment aux syndicats des responsabilités renouvelées et accrues.

Céder sur cette loi, ce serait non seulement renier et jeter aux orties cette filiation historique dont se réclame la gauche réformiste mais aussi enterrer pour demain toute idée de réforme négociée.

Ce réformisme de gauche, assumons le pleinement. Il doit nous permettre d’affronter la mondialisation en renforçant à la fois la compétitivité économique et la solidarité sociale.

Pour la Belle Alliance Populaire : 

  • Alain Olive, ex-responsable syndical
  • Pascale Gérard, Secrétaire Nationale du PS emploi et Formation
  • Françoise Laleur, ex responsable syndicale
  • Jacky Bontems, ex responsable syndical
  • Jean Grosset, ex responsable syndical, conseiller social de Jean-Christophe Cambadélis
  • François Heyman, ex responsable syndical étudiant
  • Julien Blanchet, ex responsable syndical étudiant

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